La
du
duc d'Uzès.
A la
bataille de Parme, livrée en 1734, où les Français,
Commandés
par le maréchal de Créqui, battirent les
armées
impériales, le fils aîné du duc d'Uzès, Emmanuel
de
Crussol, étant à la tête du régiment de son nom
et au
premier rang, genou-terre, suivant l'usage de
l'époque,
reçut une affreuse blessure. Une balle lui
fracassa la
mâchoire et sortit par l'épaule droite et le
rendit
bossu.
Pendant
longtemps il ne put vivre qu'avec le lait d 'une
vache qu'on
avait achetée exprès. Devenue vieille, il
eut l'idée
de la confier aux habitants de Belvezet (Gard, au nord d’Uzés), ses
vassaux, qui
ne passaient pas pour être bien intelligents.
Il fit venir
le doyen des habitants et lui dit :« Vous
allez
soigner cette vache, et je donnerai à la commune
1000 livres
par an, mais celui qui osera me dire qu'elle
n'existe
plus sera puni de mort. » La vache est
amenée à
Belvezet où on apprend, non sans une vive
émotion, la
conversation et les menaces du duc.
Chacun fait
de son mieux pour soigner l'animal. Un
an, deux
ans, trois ans se passent et chaque année
une
députation va au château ducal recevoir les 1000
livres
promises. Mais, voilà qu’avant la fin de la dernière
année, la
vache meurt.
Grand émoi
dans la commune. Qui voudra se sacrifier
pour
annoncer cette fatale nouvelle au duc et qu'arrivera-t-il si on la lui
cache ?
Mais voilà
qu'un des habitants, qui était originaire
de
l'Auvergne, s'offre en victime.
« Je suis
Pauvre, dit-il, prenez à votre charge ma
femme qui va
devenir veuve et mes enfants orphelins.
Je me charge
d'annoncer cette fatale nouvelle à notre
puissant
seigneur. » ,
On promit de
secourir sa famille. On le félicita de sa
détermination
et de son courage.
Il part pour
le château ducal au milieu de l'émotion
générale.
-Eh bien,
qu'y a-t-il de nouveau ? Tu viens pour
la vache ?
lui dit le duc.
- C'est que, Monseigneur, dit Je paysan sans achever
sa phrase,
votre vache ne mange plus.
- Ah ! dit
le duc, l'appétit lui reviendra.
-
Monseigneur, elle ne marche plus.
- Elle est
si vieille, dit le duc.
-
Monseigneur, elle ne boit plus !
- Est-ce
qu'elle est malade ?
- Ah ! non
Monseigneur.
- Est-ce
qu'on l'a volée, tuée ?
- Non;
Monseigneur, je vous le jure.
- En ce cas,
répondit le duc, elle est morte ?
- Ah! Monseigneur, pardon, s'écria l'Auvergnat en se
mettant à
genoux. C'est vous qui l'avez dit. Ce n'est pas moi.
Le duc ne
put retenir un grand éclat de rire.
" Ah !
tu n'est pas de Belvezet, cela se voit, lui
dit-il en le
relevant. Et puisqu'elle est morte garde
l'argent pour
toi. »
Et il s'en
retourna à Belvezet où on fut tout étonné
de l'aventure.
(Le
Tour de France, Rambouillet, par
la duchesse d'Uzès, page 231).
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Lionel d'Albiousse, historien d'Uzés et sa région, nous conte que ce duc d'Uzés, dit le Bossu était resté, malgré sa blessure, d'un caractère gai et jovial ;
Un soir de 1741, à l'Opéra, le Duc d'Uzés avait une boîte de bonbons à deux compartiments : un pour les dames, qui contenait des bonbons exquis, et un autre rempli de dragées améres qu'il s'amusait à offrir à plusieurs seigneurs, notamment au comte de Rantzau, grand personnage allemand, parent de la reine Leczynska.
Le comte se fâcha.
Un duel eût lieu. Le duc et le comte se blessèrent d'abord tous les deux, mais le combat ayant continué,
le duc tua raide son adversaire. On félicita le duc, qui avait montré une grande bravoure, mais le roi l'exila dans son duché d'Uzés.
(Histoire de la ville d'Uzés,
Lionel d'Albiousse, 1900 ; page 198)